lundi 26 janvier 2015

La solitude des êtres

Le cœur aride, les épaules cassées par le poids d'être perdu dans les limbes de soi-même. La joie d'être ensemble et la douleur de ne pas se comprendre. L'amour qui plane comme un couperet sur nos ombres, l'amour qui nous efface, qui nous transcende, qui nous plombe.

L'amour qui nous rend flou qui nous rend nous qui nous rend sombre. Le filet de nos cœurs qui coule, vagabonde.
La jungle des âmes qui se cherchent, qui parfois se trouvent et s'accrochent dans un zeste
Acidulé comme le goût de te langue, le goût d'être parfois deux dans cette solitude exsangue
La peur de perdre ce qui un jour nous rend vivant, prêt à affronter la vie comme une bataille qui dure cent ans
Le désir d'être, le désir de plaire de créer de sentir qu'on est là juste là tout petit dans le monde
Le désir de le crier jusqu'à s'époumoner, de le saisir et ne plus jamais le lâcher

Les yeux grands fermés, le cœur trop serré, le bide retourné les poumons étouffés par la fumée de nos peurs les plus secrètes, les plus mystérieuses les plus obsolètes
Les bouches crispées les dents qui grincent, la sueur qui coule sur nos fronts enneigés

La frustration, la danse des possibles qui tourne tourne et s'arrête trop tôt, gros lot
L’impossibilité de dire, de trouver les mots justes, les mots qui pèsent le poids qu'il faut
La soif de vivre sans se soucier, sans se poser
Les questions qui toujours viennent et reviennent

Cogner leurs becs d'aciers à la paroi de nous-même

vendredi 18 avril 2014

Descente vers l'infini

Perdus dans les marécages de nos soupirs
Dans les effluves de nos désirs
Dans les bas-fonds de nos ancrages
Plutôt ternis plutôt volages

Aspirés par l'ombre de nos pairs
Par la révolte la plus sincère
Par l'herbe haute dans nos campagnes
Nos poitrines fauves le cœur qui braille

J'avais épuisé toutes les cartouches
Effleuré toutes les bouches
Baisé le revers de chaque main
Sans pour autant taper du poing

J'avais manqué à mon devoir
Gratté le fond de mon espoir
Voyant s'échapper de mes mains
L'essence même de notre entrain

Et pourtant arrive le temps
Où les bourgeons deviennent fleurs
Où les amants cessent leurs pleurs
Ainsi se saoulant à l'envie
De préférer l'aimante folie.

jeudi 3 avril 2014

A nous


Soleil de ville soleil de plomb
Gorges dorées
Yeux brillants et lueurs pleines
Lune découpée
Astres scintillants
C'est un au revoir vif et langoureux
Un au revoir rempli d'amour
Libre comme un oiseau
Libre comme la lune et le soleil s'enlaçant

lundi 17 mars 2014

Moment vide où tu te sens plein
Moment ivre et incertain
Bonheur soluble ou manque d'entrain
Ou bien les deux plutôt que rien

Un nous qui traîne
Dénoue ta reine
Jeu de mot minable
Bien sûr madame

Tu nous dis d'attendre et toi et nous
On voudrait courir sur les genoux
Le macadam tâché de sang
Toi orpheline moi maintenant
Tu nous fatigues tu nous amuses
Tu nous abuses de temps en temps
Et nous on rit comme des enfants
Bien trop contents d'aller de l'avant

Moi j'ai que mes doigts pour pianoter
J'ai que mon cœur pour assumer
Le trop plein de vie le trop plein de toi
Qui me fait dire n'importe quoi

Ta muse tu sais bien la galerie
Fine couche de verre qui se craquelle
Miettes de glace pilées par terre
Bois ta tisane on va au lit



lundi 17 février 2014

Eveil

Entends-tu le bruit d'un moteur qui s'arrête, d'une goutte fuyante, du vent contre la fenêtre ?
Entends-tu ton cœur battre, les mains moites, une frange droite caressant doucement tes bras ?
Entends-tu l'eau qui coule, le palpitement de l'ampoule qui éclaire tes doigts ?
Tes oreilles bourdonnent, le haut du clocher sonne, tu n'entends plus.
Silence.
Tu fermes les yeux, et le voyage intérieur commence.
Alors tu n'as plus peur, plus d'odeur, plus de refrain.
Rien que ton corps, intérieur d'un écrin.
Qu'as-tu dis ? Un baiser avant la nuit ?
Qu'elle tombe sans nous. Sans ton souffle devenu flou.


Tu entends comme la vie nous emporte ? 
Comme la musique est forte et qu'elle couvre nos pleurs ? 
Nos baisers, nos rancœurs ?

La pluie tombe sur nos masques, tes cris sont loin.



samedi 28 décembre 2013

L'ange et la rose

Anges tombés du ciel
Arrachés de leurs ailes frêles 
Anges tombés du nid
Pas vraiment prêts pour la vie



Avec le temps l'ange grandit,
Amusé par ce qu'on lui dit
Il devient joueur et brandit
Un masque d'amour et d'envie

Enjôleur, cœur vagabond
Il ne s'attarde jamais pour de bon
Préférant un bouquet aux mille odeurs
Où se mêlent pulsions et pudeur

Etre volatile, guidé par son idylle
Aucune n'y prend place bien longtemps
Par peur d'être encerclé, englué dans des sentiments

Rien n'y fait, et ce fait lui pèse depuis quelques temps.
Il se questionne, s'abandonne
Et rêve aux jours où il n'était qu'enfant

Ses joues roses deviennent prose 
Son masque tombe, 
Laissant voir un visage sombre, fatigué
Ennuyé par ces nuits de mirages

Le petit ange ne veut plus voir personne.
Sa solitude résonne, comme un cri sans vergogne.
Sa candeur trépasse, ne laissant plus aucune trace.

C'est alors qu'une rose, perlée par le matin,
Cueillie par le chagrin
Se trouvant amoureuse de l'amour
Gorge serrée et cœur lourd,
Lui sourie avec entrain

L'ange ne comprend plus,
Les larmes coulent sur son corps nu
Il prend la rose dans ses mains, 
Et lui susurre ce refrain :

"Petite rose si fragile,
Abîmée par la vie, pluie hostile
Viens donc tout contre mon cœur
Ici tu n'aura plus jamais peur"

(On reconnaîtra ici que l'ange est légèrement niais et plutôt piètre dragueur)

La rose s'abandonne à son nouvel amant,
Lui donnant plaisir et bon temps
Quelque chose est alors présent,
Invisible jusqu'à cet instant.

L'ange, bien qu'épris de sa belle,
Se voit peu à peu réfléchir
Considérer sa liberté d'avant
Comme lointaine, étonnamment

Il continue pourtant, 
à sourire et faire semblant.
Mais la rose, être insatiable, 
Hume ce parfum étrange
Ne comprenant pas son origine
Ni sa cause, évidemment

L'ange s'est blessé dans les épines de sa fleur,
Et ces entailles le pourfendent, 
Jusqu'à le noircir de l'intérieur.
Il se referme alors, la peur au ventre
Dans son mécanisme destructeur.

C'est ainsi que se termine l'histoire de l'ange noir, et de la rose brisée par un amour qu'elle a pris bien trop à cœur.

jeudi 19 décembre 2013

Un peu de leste

Le silence.
Le bout de ma plume vient percer la paroi fine, palpitante, sous ma poitrine pâle. 
Des doigts sur un piano de nacre, des doigts virevoltants, tapotant sans crainte, sans pudeur. 
Rien ne sort vraiment de ce corps qui se morfond, qui se cache sous des couches innombrables. Un être qui se perd et qui ne se retrouve plus. Des larmes qui se frayent un chemin interrompu. Des mots qui tournoient dans des pensées noircies, un nuage de lait qui s'évanouit. Des oiseaux s'envolent de mon ventre, ils tambourinent, ils me mangent de l'intérieur. De la fumée sort de ma bouche, des volutes épaisses. Les doigts s’interrompent sur un dièse, le temps s'arrête quelques instants. 

Une toute petite femme dans une armoire. Une femme sans odeur, sans parfum de malice, sans joie dans le coin de l’œil. Une femme arrachée, écorchée par le temps, par la vie qui l'attend. Ses yeux sont clos, elle songe. Une nuée d'oiseaux blancs. Ses poings se resserrent jusqu'au sang, jusqu'à l'âme blessée, rongée par la rancœur. Elle se noie dans ce meuble vide. Vide d'air. Vide de sens.Vide d'amour.

Est-ce que tu crois toi, en des choses qui te transpercent, qui te surpassent, qui te maintiennent en vie ? Quand tu doutes, elles t’encensent, elles te plantent
Une épine lancinante, quelque part. 
Tu m'adresses tes derniers mots.
Je m'en vais je crois, je pars, même si mon esprit voudrait rester encore
Tomber encore dénue, dénudé, exténué
Les maux glissent, les mots pissent sur ton visage qui peu à peu s'efface, se lasse
Trépasse, s’enlace dans le reste de mes souvenirs

J'ai froid dans ce monde où rien ne procure de chaleur bien longtemps. Quand je regarde autour de moi il n'y a rien. Des gens seuls, qui s'entourent péniblement. Qui essayent de trouver du réconfort, mais qui se donnent l'illusion de le trouver. Quelques instants. Quelques moments de grâce dans cette vie sans répit, sans merci. 
Ensemble dans notre solitude certaine, on chante notre misère à l'unisson. Chacun sa gamme. La mienne est grave, s'évanouissant au creux de ma gorge nouée, crispée par l'émotion. 

Je n'ai plus envie d'artifices, de sacrifices, de solstice dans ton été hivernal. Je n'ai plus envie de tes joues creuses, de ta peau parfumée par le mensonge, de tes parties de cache-cache avec nos fantômes du passé. 
Je n'ai plus envie de jouer avec les mots sans cesse, sans reste. 

Le corps de femme se recroqueville dans cette armoire vide. Inerte. Les oiseaux blancs la quitte. Ils reviendront dans quelques temps.